LE CHANT DES POSSIBLES | 2016

Intégration à l'architecture
Laiton, tuyaux d'orgue, système interactif, DEL
Philippe Allard
2016

Tuyaux d'orgue : Casavant Frères

Système interactif de la force du vent selon l'échelle de Beaufort
Artificiel : Alexandre Burton

Depuis les dernières années, les citoyens du Mile-End se sont appropriés l’ancien terrain industriel qui borde le chemin de fer et le monastère des Carmélites dans le but de préserver la biodiversité du milieu et d’y introduire de nombreuses interventions artistiques. Ce site transitoire constitue un lieu d’expérimentations qui valorise la protection de l’environnement naturel et historique montréalais.

En plein cœur de ce non-lieu siège le 5455 de Gaspé, un ancien complexe industriel transformé en studios et centres d’artistes qui constitue maintenant une plaque tournante de la scène artistique montréalaise. Dans l’intention de renforcer l’intégration du bâtiment à son milieu et de m’adresser aux utilisateurs de ce complexe, je propose de réaliser une installation lumineuse interactive activée par la vitesse du vent.

Intitulé Le chant des possibles, ce projet est d’emblée inspiré par la force des vents qui, traduite par six compositions musicales d’orgue, sera transposée en six catégories de compositions lumineuses qui éclaireront le dessous de la marquise et l’entrée du couloir du 5455 de Gaspé.

Pour les usagers du bâtiment, Le chant des possibles devient un outil de mesure de l’intensité du vent visible tant de l’intérieur que de l’extérieur de l’édifice. À l’intérieur, les six sources lumineuses dispersées dans le couloir fluctuent selon les variations du vent mesurées grâce à l’échelle de Beaufort (entre 10 et 60 km/h). Dehors, ces mêmes fluctuations réagissent avec six fois plus de sources lumineuses, qui s’apparentent
aux notes d’un clavier.

Le chant des possibles est composé d’une série de 400 lattes de laiton et 36 tuyaux d’orgue fabriqués chez Casavant Frères. Instrument à vent magistral et complexe, l’orgue possède une valeur liturgique que j’aspire à surpasser, notamment en générant un contraste entre les matériaux traditionnels de l’orgue et les jeux de lumière contrôlés numériquement.

Le soffite de la marquise et le début du couloir seront composés de bois IPÉ, faisant écho à l’essence de bois déjà installée dans le couloir menant aux centres d’artistes. L’échelle de Beaufort est quant à elle illustrée par six phrases découpées dans le laiton qui évoquent l’effet de la force du vent sur les feuilles, les arbustes et les arbres.

Même si l’installation demeure silencieuse, les tuyaux d’orgue et le rythme du flux lumineux évoquent la musique habituellement générée par l’instrument et permettent aux passants de visualiser le son potentiellement émis. En outre, le silence permet d’éviter l’augmentation de la pollution sonore et de la contamination sonore déjà présentes dans cet environnement qui est généralement achalandé et bruyant.

La relation entre la force du vent et le jeu de lumière permet de faire varier la cadence lumineuse en fonction de la vitesse du vent; plus le vent s’élève, plus les rythmes lumineux s’accélèrent, et vice versa. Or, afin de faire vivre l’installation au-delà des périodes venteuses, le système d’éclairage prévoit une programmation de bruit lumineux doux généré aléatoirement et qui diminuera en intensité pendant la nuit. Comme ce système est géré par ordinateur, Le chant des possibles constitue un outil médiatique flexible qui offre un grand potentiel de réappropriation pour les usagers du bâtiment. En effet, les centres d’artistes du 5455 de Gaspé pourraient faire un appel à projets génératifs en pixel mapping ou simplement se servir du système lors d’un vernissage ou d’un événement. Avec 36 lignes de 96 lumières D.E.L., les possibilités sont nombreuses. Il s’agit d’un code pour accéder à l’ordinateur via internet.